Une école primaire à Marseille le 2 septembre 2014 ( AFP / Anne-Christine POUJOULAT )
"Il ne faut pas avoir peur de parler violences sexuelles aux enfants", estime dans un entretien à l'AFP Mai Lan Chapiron, autrice de livres pour enfants devenus des outils de référence en protection de l'enfance.
A l'heure où les révélations dans le périscolaire parisien suscitent une vague d'inquiétude chez les parents, la chanteuse et autrice, victime d'inceste dans son enfance, juge urgent de renforcer la prévention auprès des plus jeunes et d'outiller les familles.
Que racontent vos livres?
"+C'est mon corps+ (éditions de La Martinière), c'est un petit livre destiné aux 2-6 ans, qui leur donne les bases de la prévention, à savoir quelles sont tes parties intimes et la règle qui dit que personne n'a le droit d'y toucher. Ces deux informations sont répétées le long du livre d'une façon assez rigolote avec un petit hibou qui commente chaque page avec des petites blagues.
On passe par toutes les personnes de l'entourage de l'enfant, on commence par le frère et la sœur, puis les cousins, puis les parents, puis les adultes de l'école, les copains, et puis après ça part dans des personnages plus imaginaires, une fée, le père Noël et à la fin la réponse est toujours +non, on ne peut pas toucher mes parties intimes+.
On a voulu faire quelque chose de plus léger que mon premier album jeunesse +Le Loup+ qui est pour les plus grands car il traite directement et explicitement de l'inceste. Beaucoup de professionnels l'utilisent, soit en prévention, soit en dépistage, soit en accompagnement des victimes.
Les enfants ne sont pas suffisamment informés?
"Les tout-petits, tant qu'on ne leur dit pas que c'est interdit, ils ne peuvent pas le savoir et ils n'ont que la parole de l'agresseur qui dit totalement autre chose. C'est donc essentiel de leur rappeler leurs droits.
J'ai été victime d'agressions sexuelles de la part de mon grand-père quand j'avais sept ans et je n'avais eu que des scénarios cata qui ne m'invitaient pas à parler. Et quand on n'en parle pas, on peut être tenté de se dire, enfant, +peut-être que c'est moi qui en fais toute une histoire+.
Plus on va dire à un enfant qu'on se soucie de sa sécurité, plus on va lui donner des règles de sécurité, plus il sera sécurisé. C'est un apprentissage essentiel, avant même d'apprendre à lire, écrire ou compter. On leur dit de faire attention en traversant la rue, que le feu ça brûle, il faut aussi qu'ils intègrent la règle concernant les parties intimes. Ce sont des règles de sécurité de base.
L'objectif avec la prévention c'est aussi potentiellement d'éviter à des futurs agresseurs de ne pas le devenir et de dissuader les agresseurs d'aujourd'hui d'agresser. Si cette parole, si cette règle, devient quelque chose de normal, qu'on affiche dans les couloirs d'école +c'est interdit de toucher les parties intimes+ ça devient à force dissuasif.
Quel est votre message aux parents?
Aux parents qui s'inquiètent, je leur dis de se lancer et de prévenir les enfants, de ne pas en faire quelque chose de grave. Ce n'est pas violent de parler avec ses enfants. Ce qui est violent, c'est l'agression, mais d'en parler, au contraire, c'est très sécurisant. Il faut vraiment que la vision là-dessus change.
Quand les premières informations sont sorties sur des cas de violences sexuelles dans le périscolaire parisien, c'était la crise absolue. On a reçu beaucoup d'appels à mon association pour intervenir dans les classes de maternelle.
Au début de l'atelier, les profs ne sont pas forcément à l'aise, tout le monde est un peu stressé. Et à l'issue de ces séances, tout le monde est rassuré. Souvent les personnes se disent "bon, ok, en fait, c'est juste ça. En fait, si, je peux le faire". Il ne faut pas avoir peur de parler violences sexuelles aux enfants, en parlant on leur donne des armes.
Sur les ateliers de prévention, la question qui fait trembler tout le monde c'est : est-ce qu'il y a des révélations ? Il n'y en a pas à chaque fois, l'enfant ne va pas forcement réagir tout de suite, mais le principal objectif de ces séances c'est qu'à la fin on a 25 élèves qui sont prévenus."

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